Carnets Jurassiens

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Victor Bérard (1864-1931), hélléniste et navigateur jurassien

Son Graal s’appelait Ulysse...

Le samedi 10 novembre 2012, par Bernard Cabiron

Alors que les solitaires concurrents du Vendée Globe Challenge viennent de prendre le large, il est opportun d’évoquer l’étonnante figure d’un "hélléniste navigateur" morézien !...

Comme son cadet de « pays » Paul-Emile Victor, Victor Bérard quitta son Jura natal pour répondre à l’appel de la mer violette et du soleil. Comme lui, il nourrit pendant toute sa vie un immense regard circulaire sur le monde. Comme lui, il vécut l’existence singulière d’un explorateur à l’inlassable curiosité, signant une œuvre non moins unique, à la fois patron et main-d’oeuvre de son enchantement.

Comme lui enfin, il lui arrivait souvent de songer aux cyclamens et aux sapins de sa montagne d’origine, dont il parlait avec une tendresse pleine de fierté.

Cependant,alors que le nom de Paul-Emile Victor ne s’est jamais aussi bien porté dans le grand public, celui de Victor Bérard n’est guère connu que des érudits, voire d’une poignée de navigateurs solitaires en Méditerranée.

Raison majeure, raison de plus pour l’extraire de l’obscurité, en cette fin 2o12 notamment, sans oublier de souhaiter bon anniversaire à ce marin parti voilà un siècle sur les traces d’Homère.

V. Bérard ? "Un athlète" complet !

Qui était donc ce Bérard, né en 1864, fils d’un pharmacien de Morez, frère aîné d’un célèbre cancérologue, Léon pour les intimes, professeur à la faculté de médecine de Lyon ? Une tête exceptionnelle, un bosseur infatigable, un conteur jovial, l’imagination toujours sur le gril, l’aisance du verbe incarnée, l’esprit frondeur, un tantinet taquin, friand du paradoxe, curieux par boulimie, la sagesse en prime, au demeurant inscrit à gauche, mais démocrate sans système, simple, entier, tolérant. Bref, un de ces athlètes complets comme sait en produire le massif jurassien.

Pensionnaire au lycée de Lons à 10 ans, touché par la bonne fée Clio à St-Etienne de Coldres, fou d’études littéraires, agrégé d’histoire à 23 ans (via Normale Sup.), membre de l’Ecole d’Athènes, directeur de fouilles en Arcadie où il met à jour le mur d’enceinte de Thésée ; professeur de géographie ancienne à l’Ecole des Hautes Etudes ainsi qu’à l’Ecole Supérieure de Marine ; marié à la fille de l’éditeur Armand Colin (son inséparable Pénélope) ; rédacteur de la Revue historique, puis secrétaire de la Revue de Paris ; sénateur du Jura, de 1920 à sa mort en 1931, vice-président de cette même assemblée, de 1922 à 1924, dont il patronne les commissions des affaires étrangères et de l’enseignement... Tel peut être abrègé son prestigieux cursus professionnel.

Un visionnaire pluri-actif

À cette activité des plus absorbantes, ajoutons une multitude d’articles techniques, une vingtaine d’ouvrages sur l’Angleterre, l’Allemagne, l’URSS l’Asie... livres où notre expert des relations internationales, rattachant les questions diplomatiques à leur cadre géographique, fait preuve d’une indépendance absolue, donnant à partager des points de vue qui ne sont jamais ceux d’un moment ni ceux d’un parti.

En France, c’est avec un vif intérêt qu’on écoute les avis de cet homme quand il parle d’enseignement secondaire, de l’introduction du cinéma à l’école (en 1927), de l’agrandissement de la cité universitaire de Paris, de l’usage des langues orientales, ou de questions telles que l’apprentissage, les assurances sociales, le sort des fonctionnaires atteints de tuberculose, l’éventuelle fondation d’un institut islamique dans la capitale.

Dans le sillage d’Ulysse, durant 40 ans

De pareils exercices en auraient englouti plus d’un ! Le comble, c’est que Victor Bérard, qui décidément devait avoir le travail facile, mit à profit ses « loisirs », durant 40 ans, pour construire une œuvre philologique autour de l’Odyssée.

De sa thèse sur L’origine des cultes arcadiens à la publication de l’Atlantide de Platon, il n’eut de cesse, en effet, de montrer que les voyages du roi d’Ithaque, a priori nés de l’imagination d’Homère, témoignent au contraire d’une connaissance précise des rivages méditerranéens. En clair, de montrer que loin d’être une pure fiction, l’Odyssée constitue un réseau documentaire, un corpus unique d’indices et de renseignements.

Et de vérifier tout cela, en refaisant le voyage d’Ulysse aux mille tours à bord de son propre bateau, en compagnie du photographe Fred Boissonnas, immortalisant ainsi son nom dans la longue lignée des Strabon, Schliemann, Cousteau et autres Jean Cuisenier.

Une géographie possible d’homériques errances

Les navigations d’Ulysse, quatre tomes publiés de son vivant, dans lesquels le savant confronte texte grec, découvertes archéologiques, cartes et observations personnelles, établissent donc une géographie possible des errances du vainqueur de Troie à travers la Grande bleue. Quant au cinquième volume, Dans le sillage d’Ulysse, soit l’album des photos de Boissonnas, légendées de citations d’Homère et de toponymes début XXème siècle, il ne sera publié qu’en 1933.

Par l’omniscience jamais lourde, par l’évocation lumineuse des paysages et du monde hellénique à chaque page, cette œuvre redonna un second souffle au mythe en le plongeant dans le subtil amalgame du temps qui passe et de la rêverie sans cesse renouvelée. Plus méridional que nature, Bérard, en digne nourrisson des muses, avait retrouvé la trace de son héros pour l’avoir si patiemment cherchée.

De la fertilité des flots...

Sa thèse, à l’image de sa traduction de l’oeuvre en vers blancs, ne fit pas que des adeptes. Longtemps controversée, il semblerait aujourd’hui que cette quête aussi obstinée qu’enchanteresse n’ait pas été aussi vaine que certains l’avaient pensé.

En tous cas, elle continue de susciter études et commentaires abondants, comme en témoigne Le complexe de Victor Bérard (Christine Montalbetti), nom donné à cette obsession poussant le voyageur à reconnaître dans l’espace qu’il traverse les lieux naguère fréquentés par les personnages de ses fictions.

De la fertilité des flots...

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